La Femme Christiane Rochefort Romancière Féministe
Française
by
Agnes K. Toskos ©
1986
Submitted in partial fulfillment of
the requirements for the degree of Bachelor of Arts in French, in the School of Liberal Arts, Baruch College of the City University.

PRÉFACE
I1 y a longtemps que les femmes luttent pour se libérer des rôles traditionnels qui ont défini leur existence. Parmi ces femmes-là est l'a femme française. Etre femme ... être une femme française ... c'est quelque chose d'assez compliqué, d'assez complexe à définir. Où peut-on trouver la définition réelle? Est-ce au fond d'elle-méme: ses qualités, ses dé-fauts, son caractère, ses buts, ses besoins, ses jugements? Est-ce dans ses responsabilités et dans la façon dont elle s'en acquitte? La femme française, quelle place occupe-t-elle dans la vie de l'homme? Qu'est-ce qu'elle doit faire et comment doit-elle se comporter pour être considérée comme son égale?
Dans la famille traditionnelle en France, comme dans la plupart des pays du monde, le pére domine. Le plus souvent, c'est lui qui est le soutien de famille et la femme est soumise à son autorité. Leurs rapports ne sont que des rôles qu'ils doivent suivre; des rôles qui distinguent la femme de son époux.
Pour protester contre ce rôle secondaire, les femmes ont exprimé leurs idées féministes de plusieurs façons: en luttant pour les droits égaux (M.L.F.) (1), en gagnant des postes professionnels, et de plus, en écrivant des romans où le protagoniste est une femme qui se comporte comme une révoltée. Parmi ces façons diverses, je considére le roman comme le plus influent. Le roman illustre des rapports divers: que ce soit des rapports familiaux, que ce soit des rapports intimes, que ce soit des rapports d'amitié. Le lecteur voit la place et le rôle de la femme dans ces rapports.
Avant d'introduire la femme française, à travers les yeux d'une romancière féministe, je. voudrais mettre en lumière un point essentiel: l'inégalité parmi les femmes et les hommes existe dés leur première jeunesse. Leur orientation d'enfance est tellement différente. Une étude de recherches, de Carol Gilligan, révèle des conclusions surprenantes en ce qui concerne la femme et sa propre place dans les rapports.(2) Cette étude souligne l'origine de l'inégalité féminine.
Des son enfance, la femme estime beaucoup les rapports. Elle les estimait parce qu'elle pouvait y trouver une identité personnelle. Grâce à des rapports, elle se sentait unie a
quelqu'un d'autre; elle était fille, amie, soeur. Les rapports jouaient un yole tellement important que de peur de la séparation elle n'en risquait rien. Lorsque les enfants jouaient, s'il y avait une querelle, les jeunes filles s'arrêtèrent à jouer, tandis que les garçons y continuèrent parce que le jeu était plus important qu'une querelle insensée.
Son orientation d'enfance est assez différente de celle de l'homme. Les garçons sont encouragés par la société à se séparer de leurs familles. La séparation symbolise la maturité, le premier pas vers 1a vie d'adulte. Les jeunes filles, d'autre part, sont encouragées à rester à la maison et à jouer avec des poupées. Les garçons jouent à des jeux de compétition; ils font du foot-ball, du baseball, des jeux qui se jouent en équipes de plusieurs personnes, ceux qui les préparent pour l'avenir et pour les éxigences de 1a vie prefessionnelle. (p. 9)
A propos de ces recherches, nous pouvons voir les perspectives différentes concernant la responsabilité dans les rapports. Parmi les garçons il y a une responsabilité au jeu, au résultat du jeu, à leurs capacités, à leurs habiletés. Parmi les jeunes filles, nous voyons la responsabilité envers d'autres personnes, envers les amies, aux sentiments de l'autre, aux rapports. La femme a un instinct maternel et elle se considéré gardienne, nourrice, et assistante. Elle est tisserande des rapports dont elle a tellement besoin (pp. 17-8).
Voila la norme traditionnelle que ces recherches révèlent: La femme a besoin de rapports pour qu'elle puisse y trouver son identité, sa liaison aux autres (pp. 46-7). Est-ce vrai? La femme française dans le roman, suit-elle cette norme? Quelle place tient-elle dans ses rapports? En est-elle contente?
Pour examiner ces questions et pour y trouver une réponse juste, je voudrais considérer deux romans écrits par Christiane Rochefort, une romanciére féministe française. Je vais m'appuyer sur le problème de la femme opprimée dans la vie et dans le mariage. Christiane Rochefort s'exprime clairement dans Le Repos du guerrier (1958) et aussi dans Les Stances a Sophie (1963). Le lecteur voit la femme dans ses rapports intimes. On voit comment elle se comporte et comment elle aborde tous ses problèmes. Le Repos du guerrier (1958) est une tragi-comédie ironique sur la femme passive. Les Stances à Sophie (1963) est une sorte de révolte contre le mariage qui force la femme à perdre son identité, étant donné qu'après le mariage, elle deviendra Mme X ou Mme Y et devra se comporter d'une faon qui conviendra à ce titre. Les deux romans nous montrent que la lemme lutte vraiment pour se libérer et pour être sa propre personne.
Je vais présenter le caractère de. la Françoise et puis comparer ce caractère a celui de la norme traditionnelle. Mais il faut d'abord connaître l'écrivain--la femme sculpteur de ces caractères.

PRÉSENTATION DE L'AUTEUR
Née à Paris dans un quartier populaire (XIVe), Christiane Rochefort a employé presque tout son temps à poursuivre ses intérêts personnels. Elle dessinait, sculptait et peignait; elle faisait de la musique et des études entre la médecine et la psychiatrie. Ce qu'elle aimait mieux de toutes ses distractions était d'écrire pour sa propre joie; mais quand elle avait trop besoin d'argent, elle faisait du journalisme de cinéma. Elle était attachée de presse du festival de Cannes qui en ce temps-là était sa vie même.(3)
L'idée centrale de ses romans est la révolte. Tous ses romans contiennent une forme de révolte, de libération sexuelle, surtout à propos des femmes. C'est n'importe quelle sorte de révolte: que ce soit celle de la femme opprimée et abusée, que ce soit celle de l'adolescent ennuyé et qui en a marre, que ce soit celle de la société en général. C'est une révolte qui libéré les gens opprimés d'une société oppressive.
Parmi ses oeuvres publiées sont Le Repos du guerrier (1958), qui, en ce temps-là en France, a provoqué un scandal, Les Petits Enfants du siècle (1961), Les Stances à Sophie (1963), Une Rose pour Morrison (1966), Printemps au parking (1969). Elle a fait des traductions de l'anglais, En Flagrant Délire de John Lennon
avec Rachel Mizrahi, et de l'hébreu, Le Cheval fini de Amos Kenan.(4)
En utilisant un langage familier, elle peut communiquer aux masses; c'est-à-dire, communiquer aux riches, aux pauvres, aux adolescents, aux femmes, aux hommes. Sa manière d'écrire est simple, car, elle ne vise pas de distinction littéraire mais vise plutôt un moyen de communication. A l'ègard des autres romancières féministes, elle se considère comme dans la mégie catégorie que Simone de Beauvoir ou Françoise Sagan. Elle les aime beaucoup et être avec elles la rend très contente.
"Je n'aime pas les femmes qui ne résistent pas ...quand je vois des signes de résistance, je suis très contente... j'aime la littérature de révolte."(5) Voilà les paroles de Christiane Rochefort. Ses paroles disent beaucoup. Elle aime la révolte; elle aime écrire. La libérté est son état de grâce. Elle se donne compte à ses oeuvres, à ses romans. Elle dit: "Pour moi, le roman, ça doit être une improvisation totale--un roman, ça consiste à être libre sans ces feuilles de papier" (Mors p. 6). L'improvisation lui donne la libérté d'écrire sur de vrais problèmes de la société oppressive, sur des problèmes qui prennent naissance dans cette société oppressive.
Selon Christiane Rochefort, on doit libérer tous ceux qui étaient abandonnés et negligés par la société: Les homosexuels, les pauvres, les foux, etc.. La société ne donne pas à ceux-là et mémé à la personne "normale" l'occasion de s'exprimer. On se conforme à un modèle, a une forme de vie qui semble permise et acceptable par les autres. Mais les autres, qui sont-ils?
Au moyen de l'écriture, il y a la véritable tentative de communication avec ces autres-là. Elle dit: "I1 faut écrire parce qu'on est troublé et en colère...mais il faut que cette colère ne soit plus la vôtre..." (6) C'est pourquoi elle a écrit Les Petits Enfants du siècle (1961). C'était pour se libérer "car la liberté commence quand nait la forme" (p. 3).. Quand elle songe à la société oppressive, aux femmes opprimées, ça la rend malade. C'est pourquoi elle écrit. Elle dit que l'on doit surmonter. Pour écrire, on doit d'abord se libérer: Perdre tous ses trics, ses défauts, ses goûts; et alors, écrire.
Pour elle, l'écriture est un détachement. I1 faut être en état de surmonter; elle a surmonté. Elle a trouvé la paix au fond d'elle-même. L'écriture joue un rôle tellement important dans sa vie qu'à cause de cela, elle est divorcée pour qu'elle puisse avoir le temps d'écrire (Mora 6). Le seul livre qui est jusqu'à une certaine mesure autobiographique est Les Stances à Sophie (1963). Pour Christiane Rochefort, le mariage était une erreur du mémé type de celle de son protagoniste Céline. C'est un livre d'expérience qui est à moitié transposé littérairement (Crochet 432). A propos du mariage, elle dit que c'était un truc complètement dépassé qui ne se faisait plus. Elle commençait a se libérer. A la fin de son mariage, elle avait des affaires homosexuelles. "J'ai commencé à me libérer; à me sortir de là, et c'étaient vraiment des rencontres d'opprimées" (433).
Jusqu'à ce point-ci, on peut voir les idées diverses. La norme traditionnelle nous dicte que la femme est nourrice et assistante. Cette norme nous montre la femme comme secondaire dans la vie des autres; surtout celle des hommes. Elle nous dicte que la femme trouve son identité à travers des rapports. L'idée féministe de notre romancière nous dicte que la femme doit se libérer de toutes ces forces extérieures qui la forcent à se conduire d'une façon passives, c'est-à-dire, que la femme doit trouver la libération d'abord au fond d'elle-même et puis dans la société.
On peut voir la libération de Christiane Rochefort en lisant ses romans. Dans Le Repos du guerrier (1958), elle
a voulu se moquer des femmes: Les femmes qui étaient considérées nourrices, les femmes qui se sont permises de tomber au niveau d'une telle souffrance; la souffrance d'une femme
qui est complètement perdue dans un homme parasite. De l'autre côté, nous avons Les Stances à Sophie (1963) qui nous montre une femme triste dans son mariage; une femme qui n'est pas libre de s'éxprimer comme elle le désire. Alors, ce rapport défendu la conduit vers la libération totale--psychologique
et même physique.
Dans les chapîtres suivants, le lecteur verra plus clairement ces rapports abusifs et aussi, verra la conduite de ces femmes abusées.

Une Femme Perdue
Le Repos du guerrier (1958) est un roman satirique sur la femme abusée. En écrivant ce roman, Christiane Rochefort a voulu se moquer des femmes qui s'étaient considérées secondaires dans la vie d'un homme. Ce roman a provoqué un scandal en France pendant cette époque-là. Aussi, il a remué les émotionsdes femmes partout.
Ce chapître nous présentera Geneviève Le Theil, une pauvre femme qui est amoureuse d'un homme parasite. On verra surtout la souffrance qu'elle avait éprouvée dans sa liaison douloureuse et presque fatale avec lui.
La souffrance continuelle, celle qui se renouvelle constamment et qui n'a pas de fin ni d'origine spécifique, est la pire de toutes. Le plus souvent, cette souffrance n'existe que dans les liaisons intimes et appartient au royaume secret du coeur. Comme dit Pascal: "Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point." C'est une souffrance qui existe au fond d'une personne qui n'a pas d'amour-propre et qui se laisse tomber au niveau de la dépendance.
Cette personne possède une personnalité peu sûre, faible, et soumise. De plus, elle ne se rend contente et comblée qu'à travers les rapports ou les liaisons. Son bonheur n'existe pas su fond d'elle-même mais dépend des autres et de ce qu'ils peuvent lui donner.
Geneviève Le Theil ressentait une telle souffrance, continuelle et sans fin. Elle avait très peu d'amour-propre et une personnalité faible et dépendante. Son respect de soi tendait à disparaître. Ce qui est très ironique, c'est que le lecteur connaît deux Geneviève: "Mlle Le Theil; un fossé creusé au bulldozer; et puis la maîtresse de Sarti. Les deux ne se connaissent pas, se méprisent, se renient. < Je suis une vraie femme,> dit l'une, et l'autre, <Tu es une obsedée sexuelle>" (p. 90). La première est forte et se satisfait d'être liée avec Renaud Sarti; la deuxième souffre et se lie à lui, lui qui n'a ni avenir ni perspectives.
Bien que le roman soit écrit en 1958, le protagoniste, dés le commencement, semble plutôt une femme des années quatrevingts. Cette Geneviève était vraiment une femme moderne, sûre du point de vue financier, assez intelligente pour conduire des affaires, et de plus, indépendante. Elle semblait douée d'une personnalité solide. Elle conduisait ses affaires sérieusement et elle ne devait répondre à personne. Geneviève se chargeais d'elle-même, de sa vie, et de ses désirs: "il m'arrivait de penser a moi, à mon bonheur, à ma propre vie" (p. 12). Elle paraissait sa propre personne, avec son monde tout organisé sous contrôle, ses affaires prospéres, et son propre bonheur.
Alors, pourquoi Geneviève est-elle tombée amoureuse de Renaud Sarti? Ce n'était pas le coup de foudre. Au début, Renaud ne lui plaisait point. C'était par hasard qu'elle a fait sa connaissance. Elle s'est trompée de chambre, entra dans celle de Renaud, le trouva étendu sur le lit et lui sauva la vie après une tentative de suicide. Renaud n'était pas beau. Geneviève avait même remarqué qu'il n'était pas son genre à elle. Simplement, elle se trouvait fascinée par les larges mains de Renaud.
On dit frequemment qu'on se voit et se comprend à travers les yeux des autres. Quant à Mlle Le Theil, on se rend compte de sa vraie personnalité à travers sa liaison avec Renaud Sarti. On voit sa faiblesse aussi bien que sa souffrance insupportable. Voici la seconde Geneviève que le lecteur connaît, la faible Geneviève, la Geneviève peu sûre et nerveuse, la Geneviève perdue. On se demande si elle possédait ces qualités faibles au début mais n'avait pas l'occasion de les exprimer, ou si Renaud Sarti la conduisait vers la destruction personnelle. Après avoir lu le roman, on voit que c'était vraiment Renaud qui détruisait Geneviève. Sa liaison avec lui était la source de sa souffrance. C'était Renaud qui lui faisait du mal. Geneviève était si obsédée de lui qu'elle ferma les yeux en lui donnant la permission de la maltraiter.
Par malchance elle est tombée amoureuse de lui. Renaud était un ivrogne, un homme parasite qui ne faisait que boire et que lui causer de la souffrance. On doit se demander encore comment une femme tellement fière de ses affaires, de son indépendance, de sa richesse et de sa force, pouvait aimer un tel homme vulgaire. Pourquoi gaspillait-elle sa vie en l'aimant? Ne voyait-elle pas qu'elle se perdait? Comme dit l'auteur: "l'amour aveugle" (p. 62). Aussi, elle avait besoin de lui, "comme on veut une eau calme pour s'y mirer" (p. 47). Elle est arrivée au point de se perdre si complètement au fond de 'lui que pour elle, la première Geneviève Le Theil cessait d'exister.
I1 est très important de comparer la nature des rapports de Geneviève et de Renaud. Pour Geneviève, l'amour, c'était Renaud lui-même; elle l'aimait à la folie et cette passion pour Renaud était sa raison d'être. Renaud, au contraire, trouvait l'amour dans la bouteille. I1 était alcoolique; un buveur profond dont le monde tournait autour de la bouteille. Il n'aimait pas particulièrement Geneviève. I1 ne croyait pas à l'amour. "J'y démontrerai que l'amour n'existe pas," disait-il (p. 84). Il se comportait indifféremment envers elle et cette conduite la rendait folle; tout considéré, elle faisait tout pour lui et il était incapable de montrer son affection, même son appréciation. "I1 ne s'aperçoit,pas de tout cela. Renaud, pourtant, se porte bien maintenant. I1 mange, sans l'apprécier--il ne se plaint jamais toutefois ...le petit déjeuner, je le lui sers à domicile, dans le lit" (p. 70)... "Son visage est mort, complètement désespéré. Oui, il est réellement indifférent" (p. 74). Cette conduite sans aucun intérêt 1a rendait triste et folle.
Renaud avait son propre monde au fond de lui-même et dans la bouteille. Il trouvait le plaisir de la vie en ne faisant que boire incessamment du whiskey (celui qu'elle achetait pour lui en dépensant tout son argent), que se reposer sur le lit de Geneviève (ce lit est devenu la niche de Renaud, l'endroit ou il passait ses heures vides), que fumer cigarette sur cigarette, que lire des romans fictifs, que se coucher, que faire l'amour, et de plus, qu'être servi. "Ici, il trouvait à se satisfaire" (p. 97). Alors, Renaud est devenu roi, et tous ses désirs étaient comblés. C'était que Renaud s'aimait trop et cherchait à se satisfaire" (p. 97). Alors, Renaud est devenu roi et tous ses désirs étaient nourris. C'était que Renaud s'aimait, trop et cherchait a se satisfaire sans penser à d'autres personnes, surtout à son amante, Genevieve.
D'autre part, notre héroine est devenue son esclave. La belle femme que nous connaissions au début est devenue faible, fatiguée, et victime d'un martyr. Elle devint très fatiguée et lasse parce qu'elle n'était pas accoutumée à une telle vie, a une vie avec un homme qui ne faisait que boire, que se coucher et que rester au lit tout le temps--là-bas a son domaine.
Geneviève savait qu'il n'était digne ni d'elle ni de son amour; il était toujours indifférent: "Je n'ai qu'une existence matérielle. Il n'écoute pas ce que je dis" (p. 59 ). Elle était aussi faible à l'esprit qu'au corps qu'elle ne pouvait rien faire. D'un moment à l'autre elle changeait d'avis: "j'étais faite pour avoir de la paix et j'allais la prendre... chercher Renaud, c'est mon lot en ce monde" (p.137). Elle n'était pas sûre elle-mê;me de ce qu'elle voulait. Vivre sans lui, c'était impossible; ce serait sa fin. Vivre avec lui était plus dur encore.
Ce n'était qu'avec Renaud que Geneviève se comportait de cette façon. Elle nous paraissait assez forte dans sa liaison avec son ancien fiancé et lorsqu'elle venait de rompre avec lui, elle ne s'était pas blessée grièvement. Mais avec Renaud, c'était tellement différent. Elle ne pouvait pas se garder de devenir victime ou esclave; elle n'était plus sur ses gardes. Sa maladie était celle du coeur, tandis que celle de Renaud était celle du besoin, le besoin du boisson et de la satisfaction physique.
Geneviève avait des cauchemars. Mais ces cauchemars étaient aussi ceux de Renaud; elle les partageait avec lui--cela nousmontre qu'elle était complètement perdue au fond de lui et complètement liée à lui. Elle s'est rendu compte que Renaud était malade, qu'il avait une maladie physiologique et même psychologique: "un rêve sorti d'une cervelle malade et tourmentée"(p.124). Elle disait que Renaud l'obligeait à partager ses cauchemars avec lui, mais ce n'était pas le cas. Geneviève le faisait pour gagner son amour et pour le rendre content.
Si Geneviève ne lui offrait pas à boire, il irait le chercher ailleurs. "Tu ne veux pas rentrer, Renaud?--Mais oui, bien sûr. On peut aussi bien continuer à la maison. Mais il n'y a pas à boire. Tu n'y as pas pensé tout à l'heure ... Au blockhaus!!" (p. 81). Ici avec les paroles de Renaud nous voyons aisément son attente poursatisfaire son besoin d'alcool. Nous voyons aussi le piège dans lequel Geneviève est tombée. Si elle ne fournissait pas à boire, il partirait et ce serait quelque chose qu'elle ne pourrait jamais accepter. Si elle en fournissait, il resterait et elle aurait un alcoolique, pas un homme, parmi ses possessions. Pour que le rapport reste vivant, ou qu'il s'améliore, Geneviève devait répondre aux besoins de cet alcoolique.
On connaît bien les besoins de Renaud; c'étaient ceux de boire et de trouver son propre monde dans la bouteille. Celui de Geneviève était de le sauver. Elle voulait le changer, l'aider, et faire de lui un homme convenable et respectable. Mais, leurs besoins étaient si différents "qu'ils se dirigeaient vers des cimetières différents" (p. 143). Alors, pour le satisfaire et de peur de le perdre, Genevieve est devenue nourrice; c'est-à-dire, nourrice des besoins d'un alcoolique. Voici un autre rôle à ajouter à tous ses autres.
Ce mot "nourrice" nous ramène à l'étude de recherches dans lequel l'on dit que les femmes se tiennent à nourrir leurs hommes et trouvent une identité personnelle à travers les rapports (Gilligan p. 35). C'était le cas exact de Geneviève. "J'avais oublié depuis longtemps mon visage ...je ne me regardais plus que dans Renaud" (p. 65). Elle l'aimait à la folie et faisait ce qu'il voulait. Elle vivait pour le satisfaire sans plus reconnaître ses propres besoins. Elle ne pensait qu'à lui et tout ce qu'elle faisait c'était pour lui; elle a oublié sa propre personne. Lentement, peu à peu, elle devint folle, elle devint une autre, elle devint Renaud: Elle buvait, fumait, et dormait durant des heures anormales. Mais toutes ces irrégularités, toutes ces choses qu'elle ne faisait jamais auparavant, maintenant elle les faisait pour d'autres raisons; c'était parce que Renaud était parti pour la dernière fois. Oui, il est parti et elle a souffert encore une fois.
Au départ de Renaud, Geneviève voulait aller le rechercher comme d'habitude. Aller ramener son enfant à la maison comme ferait une bonne mère. Mais cette dernière fois, Geneviève n'avait plus la force de le faire. Elle a dit: "Quelque chose me clouait au lit; mon propre poids ...j'étais devenue très lourde. Cette fois je reconnaissais ma faiblesse" (p. 138).
Geneviève est arrivée au point de se détruire. Auparavant, elle avait la force de se tenir forte pour soigner Renaud et pour le rendre satisfait. "Je ne refusais plus de boire avec lui: c'était toujours cela de moins. Moi, je ne risquais pas d'attraper la maladie, je la haissais trop" (p.99). Mais toutes ces circonstances insurpportables l'avaient dirigée vers sa propre maladie: "Je fume cigarette sur cigarette,,. (p. 113)...j'achetai du whisky ...je bus tout un grand verre de whisky...je bus un second verre et la tête me tourna...je tombai dans le désespoir" (p. 134). Renaud avait du contrôle sur elle. Lorsqu'il est parti, parce qu'il ny avait plus rien à boire, elle s'est tenue responsable, croyant qu'elle l'avait abandonné. "Je l'avais abandonné délibérément, et voilà ma punition ...oui j'étais seule. J'avais abandonné Renaud" (p.138).
Cet épisode amène le lecteur au point essentiel en ce qui concerne la place que Geneviève avait occupée dans la vie de Renaud. Mlle Le Theil est devenue nourrice, assisstante, amante, et surtout, fournisseur d'alcool. Mais, le pire rôle qu'elle ait occupé était celle de co-alcoolique. Selon le livre de
Jo Coudert, The Alcoholic in Your Life (1972), les femmes des alcooliques deviennent co-alcooliques parce qu'elles restent avec ces hommes-ci dans l'espoir de les changer et de les aider (p. 6). Cet espoir est un piège terrible, qui attrape les femmes et les met en déception continue. Car l'alcoolique ne se soucie qu'à se satisfaire aux dépens de la co-alcoolique. Alors, Geneviève est devenue victime des deux côtés: Premiérement, elle a perdu son coeur et elle avait une obsession forte pour Renaud et, deuxièmement,elle est devenue faible, très fatiguée et lasse. Ce qui avait fait du mal à Geneviève c'était l'abaissement de leur rapports. Selon Genevieve, et tant d'autres femmes de mêmes conditions, l'alcool ne lui laissait pas d'autre choix que d'accepter la maladie et vivre avec le maltraitement.
La lassitude de Geneviève commença dès le moment où Renaud se mettait à partir et à retourner; seulement à repartir et à retourner encore une fois. I1 agissait de cette façon parce qu'il ne savait pas ce qu'il voulait lui-même. L'aimait-il ou non? "Je te déteste, je ne peux pas te pifer" (p. 120)...."I1 y a un Renaud qui t'aime, dit-il, et un qui te détèste. La vérité est que je détèste celui qui t'aime" (p. 248). I1 l'avait maltraitée jusqu'au point où elle ne faisait rien pour se protéger ou se défendre:
"Qu'il me frappât, cela va sans dire. Des gifles surtout. Il aimait me gifler au visage... je ne protégeais même pas mon visage: je n'avais pas le réflexe. I1 fallait tout prendre...je n'avais qu' à recevoir. J'étais de plus en plus anesthésiée, je ne sentais quasiment rien" (pp. 120-21).
Même si Geneviève avait vraiment la force pour se défendre, elle l'aimait trop pour le quitter. Leurs rélations amoureuses
c'étaient celles d'une pièce du théâtre: Elle se voyait dans le rôle de la tragédie et lui dans le rôle de la comédie.
Le maltraitement physique cessa. soudainement lorsque Geneviève dût se mettre à l'hôpital pour soigner sa condition. Son docteur l'avait diagnostiquée comme souffrant de la tuberculose. Ce n'était pas du tout surprenant étant donnée l'usure de son corps et même de son esprit. Le mal d'amour qu'avait cette femme pour Renaud était incroyable. Après tout le maltraitement qu'elle avait éprouvé, après toutes les gifles, tous les coups, après toute sa souffrance, elle pouvait trouver encore au fond d'elle-même de l'amour pour lui: "Je suis malheureuse, t.'aimant, de te laisser vivant. Je le remerciai de m'avoir fait jouir si bien, et pour ainsi dire jusqu'au bout" (p. 150). Elle pensait qu'elle allait mourir, que Renaud avait réussi finalement à la tuer.
Heureusement pour Geneviève, Renaud est venu la voir à l'hôpital. Avait-elle de la chance ou non? On peut bien sur dire qu'elle avait de la chance; on peut même avoir de la pitié pour elle. Elle aimait si follement un homme qu'elle est arrivée au point de se détruire. Est-ce sa faute qu'elle aimait un ivrogne? Elle voulait l'aider et puis le sauver. Sa gêné rosité innocente est devenue un amour tellement réel et malheureusement une obsession. Cet amour n'était pas réciproque au début de l'histoire. Renaud, lui, il aimait se satisfaire. Geneviève, elle, elle aimait satisfaire. Voilà leur différence.
Le point culminant de l'histoire se trouve lorsque Renaud avoue son amour pour elle et lorsqui'il lui demande le pardon:
"Ton amour, c'est encore toi. Alors, par quel transfert psychique vaseux me sentais-je "encore plus" seul sans toi? Réponse: je n'étais pas si complet que je croyais, j'avais attrapé une dépendance, je m'étais affaibli. Il y avait en moi un enfant perdu. Le fait était que je souffrais de ton abandon; souffrance qu'
aggravait le besoin d'alcool...j'avais faim, j'avais
soif, je cherchais Geneviève, je voulais Geneviève....Jean-Renaud pleuvrait"(p.p. 156-57) .
Après cette scène émouvante, Renaud la traitait mieux: "S'il me voyait marcher au soleil, il m'arrachait et de force me fourrait à l'ombre" et aussi, les sentiments de Renaud pour Geneviève commentaient à changer, "Dès que je te vois en plein soleil je me mets a souffrir ...je ne veux pas qu'il t'arrive du mal. Je ne sais pas ce que j'ai" (p. 190). Renaud était transformé d'un homme indifférent en celui qui protégeait et aimait Geneviève. Mais son amour ne pouvait jamais arriver au niveau de l'amour que Geneviève avait pour lui. Le point culminant dé l'amour de Geneviève est lorsqu'elle apprend la nouvelle de sa grossesse. Elle allait avoir un enfant. Elle voulait bien avoir un fils, un fils de Renaud:
"Peut-être un secret désir de recommencer un Renaud à zero, et, en somme, d'opérer son rachat par une autre voie si j'échouais à celle-ci; un petit Renaud tout neuf, qui n'aurait jamais bu une goutte d'alcool, qui n'aurait jamais désespéré, et Dieu sait si je ferais tout pour qu'il ne désespère jamais. Un petit Renaud tout neuf--quel rêve! Et même si Renaud jour me quittait, il ne me quitterait pas complétement"(p. 258).
Voila son obsession, son amour, son désir de continuer sa liaison avec Renaud.
Son espoir de garder tous les liens avec lui la poussait à 1e sauver pour son propre bonheur. Cet espoir et ce desir de recommencer un Renaud pur remonte à l'idee de Rousseau qui disait que l'enfant naturel et sauvage est pur et sans méchanceté et que c'est la société qui lui fait du mal. De plus, Rousseau soutenait l'idée que les choses matérielles sont la source de tous les maux qui existent. Par cet acte d'amour, Geneviève aurait l'occasion de modeler de nouveau un Renaud, elle aurait l'occasion d'approfondir ses rapports avec Renaud. Elle pourrait se charger du petit et elle pourrait aussi être fière de sa création.
En somme, Christiane Rochefort termine son roman par le départ de Renaud pour la clinique où il se ferait guérir. "Aide-moi à vivre. force-moi à vivre, je te jure que je ne désire plus rien d'autre" (p. 285). I1 a causé tant de souffrance à Geneviève qu'il ne voulait pas qu'elle aille à la clinique avec lui. Peut-être sa souffrance allait cesser. Maintenant, la responsabilité était à Renaud de se guérir.
Après avoir lu ce roman, il nous reste à voir comment Christian Rochefort regarde la femme protagoniste et comment elle exprime ses idées féministes. Montre-t-elle de la compassion ou du mépris? Le cas est qu'en écrivant ce roman, Christiane Rochefort voulait se moquer de ces femmes qui se laissent choir dans la souffrance et dans la dépendance d'un homme. Selon elle, ce sont des femmes qui ne surmontent jamais les obstacles de la vie, qui n'arrivent jamais au point de la liberté personnelle et par conséquent, ne sont jamais vraiment libérées. Elles se lient aux hommes et dépendent d'eux pour leur vie. Christiane Rochefort a fait de Ceneviéve le modèle d'une telle femme, peu sûre,. dépendante et perdue, et en la créant ainsi montre le sort de telles femmes: Elles subissent une souffrance continuelle qui ne les laisse pas profiter de leurs propres talents ou capacités. Ces femmes ne vivent qu'à travers et dans leurs hommes. Leur existence devient le miroir de celle de leurs amants.

UNE TENTATIVE DE LIBÉRATION
Christiane Rochefort nous montre une sorte de révolte contre le mariage dans Les Stances à Sophie (1963). Selon notre romancière, le mariage force la femme à perdre sa propre identité. La femme doit perdre tous ses amis d'auparavant, tous ses goûts et même ses idées personnelles. Pour rendre content son mari elle doit toujours être d'accord avec lui oubliant ses propres idées.
Les Stances à Sophie (1963) est jusqu'à une certaine mesure autobiographique, montrant les sentiments négatifs de l'auteur contre le mariage. C'est une transposition dirècte de ses propres sentiments concernant le mariage et l'engagement. Puisque ce roman est subjectif et très direct, c'est difficile pour les lecteurs à s'identifier avec les caractères. Néanmoins, on voit clairement les changements radicaux que l'héroïne subit pendant toute l'histoire. Aussi, on voit comment ces changements la conduisent vers une libération personnelle.
Lorsqu'on songe au mariage, on ne songe pas seulement â la famille ou au mari et â la femme. On songe plutôt â une union ou même â une association fort bien assortie. Dans cette union traditionnelle; le mari et la femme se chargent des tâches tellement diverses; mais il y a une seule similarité: Le but qui est de rendre content le compagnon. Alors, on aurait la notion que la femme doit occuper la place de la femme et l'homme la place du mari pour que la compabilité puisse y exister.
Le plus souvent c'est le mari qui soutient la famille, et c'est lui qui s'inquiète de gagner de l'argent pendant que la femme s'occupe du ménage et reste à la maison. Ces conditions existent dans le mariage traditionnel excepté les cas où assez d'argent n'entre pas dans la maison et la femme elle-même doit travailler. De nos jours la plupart des femmes travaillent et même exigent travailler pour qu'elles puissent rester indépendantes des hommes. Mais, disons qu'il y a une femme mariée qui ne veut pas travailler étant donné que son mari en gagne assez pour que tous les deux puissent vivre confortablement et bien à l'aise, alors, cette femme n'aurait qu'un souci: Comment remplir ses heures vides et ses jours maintenant terriblement longs.
Cette sorte de femme ne se préoccupe que d'ou se faire coiffer, d'où prendre du thé, ou d'où se faire coudre une robe. I1 y a quelques femmes qui adoreraient ces privilèges et même il y en a quelques-unes qui s'en ennuieraient. Celles-là n'ont pas d'intérêts spéciaux, sauf ceux de leur propre existence et leur mariage (c'est-a-dire, leurs maris). Leur seul souci est comment passer le temps ou peut-être, comment rendre contents leurs maris en devenant la femme qu'ils ont imaginée ou rêvée. Ces femmes n'ont pas d'identité personnelle et se conduisent d'une façon qui convient à leur nouveau tître. Elles sont devenues Mme X ou Mme Y et toutes leurs vies changent à cause de cela.
De l'autre côté on trouve les femmes d'un genre différent. Elles ne désirent pas la sollicitude des autres; elles n'ont pas besoin d'étalager des choses matérielles et de plus, elles sont au courant des problèmes affrontés par des femmes. Elles essaient d'en faire quelque chose et leur première préoccupation est d'être égales à leurs maris. Etre égale, autrement dit partager les tâches de la maison et du travail, avoir des intérêts différents et se combler de ces intérêts ou passetemps. Il faut que la femme ne se mette pas à dépendre tellement de son mari pour son propre bonheur car elle va se perdre par les intérêts et les besoins du mari, et finalement dans le mari lui-même.
Avant de se marier, le couple s'accorde sur quelques règles et chacun a une idée de ce que désire, préfère, et veut l'autre. Dans un mariage, on s'attendrait à y trouver quelque sorte de similitude ou de conformité des idées pour que le mariage puisse exister. Le but du mariage devrait être un peu similaire pour tous les deux. Par exemple, élever des enfants, habiter à quelque ville adorée ou travailler ensemble pour un avenir plus agréable. Le nouveau couple doit absolument avoir quelques buts communs afin que le mariage puisse durer. On n'attaque pas du tout la croyance ou l'idée que l'on se marie parce que l'on aime fort une autre. On dit seulement que l'amour réunit le couple et la similitude des idées et des buts aident à faire durer le mariage.
Alors, nous avons une union et une promesse d'aider et de soigner l'époux ou l'épouse. Les rêves et les buts fixés, le nouveau couple commence leur nouvelle vie ensemble. Malheureusement, la triste vérité est qu'au lieu de se satisfaire à travers le mariage, la plupart des femmes se perdent dans les attentes du mari. Auparavant, la femme avait son propre monde, ses amis, ses distractions et son propre style de vie. Maintenant, un homme entre dans sa vie, lui donne son nom, mais ce n'est pas seulement un changement de nom de famille, c'est plutôt un changement complet de personnalité. Les femmes perdent tous leurs intérêts, tous leurs goûts et se comportent d'une façon qui fait plaisir à leurs maris.
Une femme doit se comporter en "femme". Elle doit s'habiller toujours en robe, elle doit parler à voix basse en utilisant un langage poli, elle doit se charger des affaires du ménage: Celles de savoir absolument recevoir des invités ou de savoir se comporter à table. Elle doit savoir rire d'une façon de bon ton, elle doit se coucher de bonne heure afin qu'elle soit fraîche le lendemain, et de plus, elle doit être toujours prête à recevoir son mari. A tout prendre, le mari doit être fier de son choix d'épouse.
Voila les conditions même de Céline Rhodes, notre héroïne dans Les Stances à Sophie (1963) de Christiane Rochefort. Au début du roman, Céline était pauvre et pas très instruite. Mais, c'était une femme d'une autre sorte: Celle de la révolte. De plus, elle s'est souciée de la société et de ses problèmes. Elle se disait libre, se chargeait de sa vie, et gagnait son argent. Quoi que fût sa façon de vivre (elle faisait du striptease), elle était heureuse et elle avait sa liberté. En utilisant des mots vulgaires, elle parlait le même langage qu'elle comprenait. Céline avait son style personnel en portant toujours des pantalons et des cheveux courts. Elle était accoutumée à sa propre façon de vivre, à son milieu, à ses amis, à ses habitudes, à ses vêtements, et en somme, à la vraie Céline. Ce qui lui faisait du mal était le conflit dans lequel elle se trouvait. Elle devait choisir entre cette liberté et l'amour. C'est-à-dire, choisir entre sa vraie personne, sa propre personnalité, et la femme qu'elle devrait devenir.
Philippe était un homme d'une trentaine d'années. Il était beau, intelligent et sérieux. Et selon Céline, il avait une. si belle voix. Philippe voulait se marier avec une femme qui pourrait le rendre content; c'est-à-dire, une femme qui jouerait le rôle de femme. "Vois-tu Céline, j'en suis arrivé à un moment crucia1 dans la vie d'un homme. Le moment crucial dans la vie d'un homme. Le moment où il faut prendre des Décisions. Des décisions sérieuses. Et il se trouve que ces décisions dépendent en partie de toi. Et toi, toi..." (p. 16). Oui, il voulait se marier et il voulait Céline. Cette femme pauvre était le choix de cet homme riche. I1 l'aimait beaucoup. La famille de Philippe était contre cette union, mais elle n'en pouvait rien faire. "Contre ma mère, contre mon père; qui avaient formés pour moi d'autres projets je peux te dire, et ne cessent de me harceler! Le nombre de filles avec avantages en tout que ma mère a pu me jeter dans les jambes ....et que je n'ai même pas regardées" (p. 17). Philippe était homme de famille. Il était gentil, sûr, sympathique et de plus, il savait ce qu'il voulait.
Céline, elle-même, savait ce qu'elle voulait: Etre libre, mais pas aux dépens de l'amour de Philippe. Alors, à ce moment de sa vie elle désirait Philippe plus que sa liberté. "I1 va partir. A jamais. Et moi, que ferais-je? Que ferais-je sans lui? Les jours vides, les nuits..." (p. 16). Elle devait choisir entre la liberté et l'amour et elle s'est rendue à l'amour. Au commencement, il lui était très difficile de s'abandonner à ses sentiments parce qu'elle était fière de sa force et de son contrôle sur sa vie. Mais si indépendante qu'elle fût, il y avait une partie vide dans sa vie; une partie que Philippe seul pouvait remplir.
Philippe ne voulait que le bien et la joie pour Céiline. I1 voulait l'aider. "Enfin est-ce que tu crois que je cherche à te faire de la peine, moi? J'essaye seulement de mettre un peu d'ordre dans cette petite tête...c'est plein de fausses idées qui te font du mal" (p. 19). Philippe se comportait très sérieusement et i1 savait où il allait. I1 avait fait son choix et il était très certain que tout aboutirait au bien. On peut voir aisément son optimisme dans ses rapports. Il avait tant de confiance en Céline et il était très sûr de pouvoir la changer ou même la transformer en la vraie femme qu'il voulait.
Au contraire, au début Céline se conduisait d'enfante perdue dans la compagnie de Philippe. Elle ne pouvait pas défendre ses idées. "C'est beau de souffrir pour ses idées. Qu'est-ce qu'il y a? Mais voyons qu'est-ce qu'il y a Céline? mais tu pleures," et Céline se disait, "Qu'est-ce que je peux faire d'autre? Vraiment qu'est-ce que je pouvais faire d'autre." Céline, était-elle sûre de ce choix? Qu'est-ce qu'elfe voulait: Où allait-elle? Etait-elle contente et amoureuse de Philippe ou non? Est-ce qu'elle le désirait, sinon, qu'est-ce qu'elle désirait? "Je ne sais pas, moi, c'est vrai, de quoi il s'agit. Je suis en plein cirage, je n'y comprends rien" (p. 18). Elle était embrouillée et elle avait peur de le perdre. Elle devait agir sans hésitation. Au fond elle avait des doutes mais Philippe ne les comprenait pas.
Ce qu'on note presque immédiatement dans le roman est que Céline refusait son destin de femme. Elle le désirait pour être différente et unique. Mais, elle ne pouvait pas s'y tenir. Elle croyait vraiment qu'elle avait besoin de Philippe. Mais, on doit accepter le fait qu'en admettant leurs différences, elle affrontait la réalité. Afin qu'ils puissent se parler sans disputes, à cause de leurs différences de pensées, il fallait être prudente. Mais, Philippe, à cause d'être homme, avait la liberté de s'exprimer d'une manière libre, utilisant n'importe quels mots. Alors, pourquoi Céline devait-elle se limiter? Et devant qui? Devant l'homme qu'elle aimait! "Pourquoi ne puis-je tenir ma langue? Je sais pourtant ce qui arrive chaque fois. Ce qu'il faut quand on est amoureux c'est non seulement des boules quiès dans les oreilles mais du sparadrap sur la bouche" (p. 16). Ce sparadrap est très important pour décrire leurs rapports. Si Céline devait le mettre sur les lèvres, serait-il la peine de s'engager avec Philippe: Si elle ne pouvait pas avoir son mot à dire, serait-elle contente de vivre une vie double: Avec Philippe elle serait Céline Aignan, la femme de ses rêves, et seule, elle serait Céline Rhodes, la femme pauvre avec tant d'idées de libertinage au fond.
Après ces crises d'incertitude et même après une dépression nerveuse, Céline s'est rendue à son amour, Philippe. Mais pendant le mariage et même après, elle se tenait assez unique: Elle est arrivée très en retard à la cérémonie nuptiale et de plus, elle était habillée en noir! Aller, à l'église et avoir une cérémonie réligieuse était contre ses idées. Elle n'y est allée que pour Philippe et sa famille. Elle a abandonné ce que ses pensées lui disaient et aussi ce qu'elle voulait faire: N'aller qu'à la mairie et avoir une cérémonie civile. Mais encore une fois elle a fait ce que Philippe voulait. On a l'impression que Philippe se souciait de ce que croyaient les autres et pas de ce que Céline et lui voulaient faire. "Un mariage civil les embarrasserait. Or je ne vois aucune raison de les embarrasser" (p. 34). Philippe paraissait se conduire un peu d'une façon acceptée par sa propre classe sociale.
Les réactions au mariage étaient très différentes
pour le nouveau couple. Philippe était heureux, comblé,
et satisfait. Il se tenait beaucoup à faire l'amour avec sa nouvelle
femme. Son rôle de mari venait de devenir complet. La nouvelle
mariée, au contraire, se tenait encore perdue. "Je suis
abrutie. Vannée. Qu'ai-je donc tant fait, rien pourtant. Me marier...
Si on veut ne plus se connaître il suffit de se marier" (p.35).
Alors, on peut voir leurs différences du début. Philippe
était comblé; Céline était triste et embrouillée.
Elle était très contente de leurs rapports d'auparavant
et elle ne voulait pas se marier autant que le voulait Philippe. Elle
avait sa liberté et maintenant elle appartenait a quelqu'un d'autre.
Elle était contrôlée et possédée par
Philippe. En somme, elle s'est rendue émotivement â lui,
pas physiquement.
Le fait qu'elle ne voulait pas faire l'amour la nuit de leur mariage montre au lecteur que Céline essayait de s'accrocher â sa liberté. Ou même, très simplement, elle était fatiguée, extenuée et de plus dégoûtée:
"Jamais la pensée de faire l'amour n'a été à ce point absente de mon esprit, jamais. Je voudrais dormir. Me reposer ...je suis morte...Je voudrais dormir. Ou ne pas dormir. Réfléchir. Songer. Me calmer. Je ne sais pas. Je voudrais du temps. Pie remettre. M'y faire." (pp. 47-48).
Et voilà un défaut du mariage selon Céline. Elle voulait être seule mais maintenant elle avait une "obligation" de quelque sorte à son mari. C'était très difficile de s'abandonner à ses sentiments. Elle voulait avoir plus de force
mais c'était impossible; c'était trop tôt. Elle ne commençait qu'à le connaître.
Ce qui la fâchait était qu'auparavant ils ne se rencontraient dans un lit que pour faire l'amour. Cet endroit avait un sens spécial. Maintenant ils partageaient le même lit pour deux raisons: Dormir et faire l'amour. Cet endroit spécial changeait peu à peu d'un endroit uniquement fait pour faire l'amour à un endroit pour dormir et s'il y en avait le désir, pour faire l'amour. Peut-être le mariage, en général, tue l'amour. Il n'y a plus de passion; on devient accoutumé à l'autre et comme Céline s'exprime, "Autrefois jamais tu ne m'aurais approchée sans quelques préalables gentillesses; jamais autrefois ...Ah mais autrefois, c'est autrefois. Aujourd'hui tu es mon mari. C'est plus des faveurs, c'est des prérogatives" (p. 50).
Céline paraissait plus amoureuse de Philippe pendant les six mois qu'elle le connaissait qu'à présent comme sa femme. I1 y avait quelque chose de perdu entre eux. Et Céline définit le mot "amour" en disant, "amour--A: pour une femme; consécration totale à la vie domestique, avec service de nuit. B; pour un homme; être content comme ça" (p. 188). Plus d'étincelles, plus de feu. Leur amour est devenue habitude.
Dès leur mariage, et même auparavant, ce n'était pas seulement que leur amour est devenue habitude, c'était plutôt que Céline était toujours observée par Philippe. C'était toujours "Céline, fais ceci, ou Céline, ne fais pas cela" ou autrefois, "Céline ne fume trop ou Céline, porte des robes." "Pourquoi ne te laisses-tu pas-pousser les cheveux?... je t'aimerais tellement mieux avec des cheveux que sans...au moins tu aurais l'air d'une femme..je te préfère en robe..tiens-toi droite tu fumes trop tu te noircis les dents ne bois pas tant ce n'est pas bon pour une femme..." (pp. 8-9). Céline
devait se changer et se conduire comme le voulait Philippe. Petit-à-petit, elle perdait sa propre personnalité et elle avait envie d' être seule; pour se trouver encore.
Ils sortaient souvent avec d'autres couples et Céline avait l'occasion de s'associer avec d'autres femmes. Elle voyait la manière dont elles se comportaient et parlaient elle avait l'occasion même d'avoir un intérêt hors de la maison. Plus Céline était avec son mari, plus qu'elle voulait être seule et loin de lui, "Avant je dansais...Et puis il ne faut pas être avec son mari, on ne dit pas les mêmes choses, on ne fait pas :Les mêmes choses. Et moi, qu'il se lève seulement pour aller pisser je deviens tout de suite plus brillante; il revient, je ternis. Pourquoi?" (p. 89). Pourquoi, parce que Celine s'était changée en une femme inconnue. Elle ne se connaissait plus.
Heureusement pour elle qu'elle s'est rencontrée avec une autre femme, Julia, et tout de suite elles sont devenues des amies très proches. "Je l'aime bien; elle sait où elle est. J'aime les gens qui savent où ils sont, qu'ils soient n'importe où" (p. 91). Julia n'était pas comme Céline. Celle-là ne se souciait pas de paraître faible ou naïve ou même bête. "Le plus qu'on se comporte comme con, le plus qu'ils nous aiment" (p.101). Julia ne voulait que de l'argent ou des visons. Elle n'aimait pas trop les hommes et elle disait qu'ils étaient ses esclaves es esclaves des femmes parce qu'ils travaillaient. Julia était la femme qui a aidé à libérer Céline.
A propos des affaires homosexuelles, oui, Céline est devenue intime avec Julia. Ensemble elles ont trouvé une chaleur qui n'existait pas avec les hommes. Leur philosophie était que les hommes ne savent pas du tout faire l'amour car ils travaillent. "J'y suis: ils travaillent parce qu'ils ne savent pas faire l'amour.--Et ils ne savent pas faire l'amour parce qu'ils travaillent!!" (p. 142). Une autre philosophie: Elles s'engageaient à faire du luxe. Elles ne se considéraient pas lesbiennes mais plutôt participants des loisirs pour remplir les heures vides à la maison. "Dans le fond dit Julia, c'est le mariage qui doit rendre lesbienne. Moi, je l'étais pas" (p. 138). L'ennui du mariage et l'habitude ont dirigé ces deux femmes vers une autre sorte dé passe-temps, de loisirs et surtout de liberté personnelle.
Soudainement, Céline se sentait rajeunie; elle retrouvait le rire. Céline a finalement trouvé une personne qui l'aimait pour elle-même. Julia était cette personne-là. Même si Philippe ne pouvait pas partager ou meme éprouver cette joie avec elle, et même s'il n'était pas la source ou la raison de sa joie, elle continuait à jouer le rôle de femme fidèle et elle rendait tellement content Philippe. "Philippe me prend dans ses bras, il est content, il me répète les milles compliments qu'il a reçus sur sa femme..." (p. 102). Mais elle en faisait tout pour lui pour qu'elle puisse s'échapper à ses critiques et pour une autre raison, pour que Philippe soit à l'aise et ne s'attache pas trop à elle. Si tout était prêt et en. ordre, il n'aurait aucune raison d'y songer.
On se rend compte d'une certaine harmonie à ce point-ci du roman. Mais cette harmonie ne dure que peu de temps. La mort de Julia dans un accident d'automobile a marqué le moment décisif de la vie de Céline et même a apporté sa liberté personnelle. Ces nouvelles choquantes l'avaient presque tuée. Elle a perdu sa meilleure amie et son amante. Elle a perdu une partie d'elle-même. Et tout cela s'est
passé à cause de quoi? C'était ainsi à cause de la négligence d'un homme. Un homme qui s'appelait Jean-Pierre Bigeon, qui manquait de prudence et de plus, qui était le mari de Julia.
Le choc de sa mort était si brusque et si soudain que Céline ne s'était pas aperçue de la gravité de sa perte. Devant elle, n'était que 1a colère et la haine qu'elle avait pour le meurtrier de Julia. Elle s'est trouvée dans une crise nerveuse incontrôlable qui, selon Philippe, l'avait poussée vers une si violente action. "Je suis allée à l'hôpital. Je ne lui ai dit ni Bonjour ni Comment ça va; je lui ai dit: "Vous avez tué votre femme. Vous avez tué votre femme parce que vous êtes un con. Vous ne savez pas conduire une auto. Quand on n'est pas un homme on va à la bicyclette" (pp.. 148-9). On doit comprendre que Céline ne s'y est pas allée le voir pour se venger. Elle voulait seulement le faire s'apercevoir de la gravité de sa négligence. Elle n'était ni monstre ni personne sans sentiments. C'était plutôt l'abondance de ses sentiments qui l'avait fait se conduire d'une telle façon.
En réalité, on s'attendrait à ce que Philippe aide Céline pendant ces crises émotives. On s'attendrait aussi à ce que 1e mari donne du soutien à sa femme et même lui montre de l'affection pour qu'elle puisse en revenir. Malheureusement pour Céline, Philippe se conduisait d'une façon contradictoire. Il n'était pas du tout d'accord avec ce qu'elle avait fait. I1 ne pouvait comprendre ni Céline ni pourquoi elle s'est agie d'une telle façon. "Je ne savais pas que tu aimais Julia à ce point-là je dois dire" (p. 152). Mais, si seulement il avait su l'engagement profond auquel sa femme avait pris part.
A ce point du roman, Christiane Rochefort nous amène à l'incertitude de Céline. Elle doutait de l'avenir. Que ferait-elle? Elle était toujours sans repos et inquiète. Elle ne pouvait pas supporter l'idée que, comme elle s'exprime, "quelqu'un, qui était vivant, ne le fût plus" (p. 155). Mais, Céline devait continuer à vivre. Elle devait se trouver, et à la fois, trouver quelque chose dont elle serait contente. "Je ne sais pas ce que je peux être. Je voulais tout et je ne suis rien. Je ne sais pas quoi J'aire de moi" (p. 160). Elle essayait de se remplir en se servant des choses matérielles et même des passe-temps, mais sans aucun succès. I1 y avait tant de problèmes dans son mariage à ce point qu'elle n'en pouvait plus. Philippe est arrivé au point de lui donner une gifle. "Mais Philippe Aignan tu m'as donné une gifle?.....Et je te signale que c'est, également, la dernière. Je crois que je vais m'en aller. De ce pas" (p. 163). Philippe, comme la plupart des hommes, croyait qu'il pouvait la regagner en lui donnant un cadeau cher: un piano. Maintenant, Céline avait son piano. "Un piano contre une gifle, je n'ai pas pris le moins cher. On a sa dignité" (p. 165). Mais, cela ne valait pas du tout la peine. I1 l'avait réellement perdue pour toujours.
Ces circonstances embrouillées ces conflits insupportables et ces douleurs l'avaient poussée assez loin de Philippe. Elle s'en est allée seule quelque-part où elle a rompu tous ses liens avec lui. En faisant l'amour avec un Italien, elle a finalement éprouve sa propre liberté. Elle s'est ramasée et puis a fait son choix: Elle allait le quitter définitivement; elle allait quitter Philippe, l'homme qui avait limité ses pensées, ses désirs, et sa personnalité. Car, selon Céline, "c'est qu'avec toi, je meurs" (p. 207).
En arrivant chez elle, elle s'est mise à ramasser ses biens qui n'étaient que des objets personnels. Elle lui avait écrit une lettre dans laquelle elle s'est expliquée:
"Mon cher Philippe, tu m'as invitée au Carmel. Je t'ai suivi. Je m'en suis remise à toi..Abandonnée dans tes mains je n'ai fait que descendre...je ne vois pas que tu aies à souffrir de la perte d'une personne dont tu n'aimais rien, sauf la défaite ...Pour moi, je pars sans regrets ..... Merci d'avoir été cette occasion Philippe, je ne sais pas pourquoi je t'ai aimé, mais ce ne fût pas en vain, tu m'as livré des clés dont je saurai me servir" (p. 210).
Céline à trouvé la puissance et la force de quitter son mari. Elle l'a fait sans regrets et sans doutes. Elle était heureuseencore de nouveau; oui, elle était seule. Après avoir été seule auparavant, elle savait ce que cela voulait dire---Etre libre!
Les idées exprimées par Christiane Rochefort dans ce livre ou méme dans cette intrigue particulière sont très claires et assez évidentes. Le mariage n'est pas la solution aux problèmes de l'inégalité d'une femme. Selon Christiane Rochefort, le mariage ne fait autre chose qu'ajouter aux problèmes des femmes en doublant leurs responsabilités. Avant de se marier on doit savoir ce qu'on veut et ce qu'on attend du mariage; c'est surtout vrai pour la femme. Elle doit se rendre compte du fait qu'un mari aura toujours quelques demandes qu'elle devra absolument remplir.
Le tableau du mariage qu'elle nous avait décrit n'est pas du tout beau. La femme se donne à la fatigue et aussi à la lassitude. Il lui arrive souvent d'avoir de "la flemme" à cause du mariage. Pendant que l'homme peut se réaliser hors de la maison et avoir des intérêts hors du mariage, la femme se trouve seule avec ses désirs à remplir. En somme, la femme cesse de se développer.
On peut dire qu'en écrivant ce roman, Christiane Rochefort voulait que les femmes se rendent compte de leur propre vulnérabilité. Elle désire montrer le destin commun des
femmes: Celui d'être exploitée de chaque côté et surtout par un mari de la classe bourgeoise, selon le cas de Celine Rhodes.
Christiane Rochefort croit que la femme se perd dans le mariage et que le mari ne la comprend jamais bien. Elle soutient la thèse que la seule personne qui la comprenne tout à fait ne pourrait être qu'une autre femme--car elle seule éprouve les mêmes désirs et finalement les mêmes douleurs.

TROISIÈME PARTIE III
Critiques
La Conclusion
Après avoir écrit ces cieux romans, Le Repos du guerrier
(1958) et Les Stances a Sophie (1963), qui sont décrits en
détail dans les chapitres précedants, Christiane Rochefort a change de direction; elle s'est tournée vers les problèmes des masses: Les pauvres, les homosexuels, les immigrés, les adolescents, les enfants,. les foux, etc.; autrement dit, tous les individus opprimés dans la société, surtout les adolescents et les enfants.
Ses oeuvres n'étaient guère une tentative pour impressioner les critiques. Selon elle, son rôle comme romancière était
d'emouvoir les gens et de les diriger vers une liberté personnelle. Les romans de Christiane Rochefort étaient sa voix même. Elle parlait a travers ses romans, et en faisant cela, elle
pouvait communiquer aux masses. Bien qu'elle eut son mot à o1 dire avec Le Repos du guerrier (1958), bien qu'il fût une tentative de libérer les femmes partout, et bien qu'elle ait écrit Les Stances à Sophie (1963) plusieures années plus tard, elle n'était pas tout à fait contente de ses oeuvres, surtout de celui-ci.
Le but ainsi de ses oeuvres était de libérer d'abord les femmes, et ensuite les adolescents et tous les enfants du contrôle de la société. Elle voulait montrer toutes les qualités des enfants sans leurs défauts, car selon elle, l'enfant naturel est bon et sans méchanceté Ses sentiments sont semblables à ceux de Jean-Jacques Rousseau qui montre l'enfant comme bon, pur, et sans méchanceté. C'est la société qui corrompt l'homme, ce sont les contrôles qui lui font du mal et non sa propre volonté.
Alors, Christiane Rochefort a écrit sur ces problèmes du contrôle dans la société, des problèmes non seulement de la société oppressive, mais aussi de l'autorité des parents et de leur contrôle dans la famille. Ces sentiments négatifs envers le contrôle de n'importe quelque sorte l'avaient dirigée à écrire sur les problèmes des adolescents qui subissent les contrôles de partout et qui en ont marre.
Les Petits Enfants du siècle (1961) montre une jeune fille, Josyanne, et les problèmes qui existent dans sa famille. La pauvreté ne lui permet pas de se développer comme jeune fille sans les difficultés ou même sans les responsabilités que devraient avoir les gens plus âgés. Au lieu de jouer avec ses amies, elle devait se charger de ses petits frères et ses petites soeurs. I1 n'y avait personne avec laquelle elle pouvait parler; alors, Josyanne se trouvait tout à fait seule. Ses parents avaient leurs propres problèmes et ceux de Josyanne étaient peu importants.
Dans Printemps au parking (1969), il s'agit du manque d'accord et de communication entre un adolescent et son père. Ici, le lecteur voit la révolte de ce garçon qui quitte la maison et qui prend part à des actions méchantes. On voit aussi la négligence de son père qui ne lui a pas donné l'occasion de s'exprimer. Le manque de communication et le contrôle abusif du père avaient poussé ce garçon à se révolter.
L'autre roman de Christiane Rochefort qui montre que les contrôles sont nuisibles et font du mal est Encore Heureux qu'on va vers l'été (1975). Dans ce roman, il s'agit d'un groupe d'enfants qui se sont révolte contre la maîtresse de français. En leur disant qu'ils étaient des échecs, la maitresse abusa de son autorité. Alors, tous les enfants s'en sont allés dans la campagne où ils pouvaient courir, jouer, crier, chanter, sauter., et très simplement, être eux-mêmes. Ils y ont éprouve une liberté profonde où ils pouvaient faire tout ce qu'ils voulaient. Dans ces circonstances, les enfants se sont comportés bien et vraiment sans méchanceté. Christiane Rochefort a insisté sur l'idéal de l'enfance et sur son innocence; elle montre la société comme mauvaise parce qu'elle empêche les gens de se développer librement.
Christiane Rochefort utilisait un langage familier, simple, et direct. Elle ne se voyait pas comme romancière écrivant d'un style littéraire. Elle se voyait comme une personne qui avait une tâche: Aider les gens à se libérer de tous les contrôles qui ne leur permettent pas d'être vraiment libres. Ses oeuvres émouvaient tous les gensoet ils ont ouvert les portes à leurs propres libertés.
En général, les critiques ne l'aimaient pas comme écrivain.
C'était parce que son style était un peu vulgaire. Sa
psychologie était un peu naïve. Son style, selon les critiques,
manquait de style littéraire d'une romancière sérieuse.
Dans sa critique, Joseph H. McMahon, de l'université de Yale,
donne son opinion: "But it is vague, if not bad theology and worse
art, and it leaves the reader trying to stifle his final disappointment.
Mlle Rochefort is a skilled writer--the voice with which Geneviève
speaks is unfailingly authentic even in the most trying hold-back-the
tears-moments--but, what happens--this is true of the one other story
she has published--is that she seems to live out in her art the paradoxes
and insufficiencies and dualismes she is attracted to in life, with
the balance always tilting unfavorably away from what seem to be her
convictïons." On peut voir clairement que ce critique n'était
pas d'accord avec la manière dont elle s'est exprimé dans
Le Repos du guerrier (1958).
De 1'autre côté, on peut trouver d'autres critiques qui aimaient son style et ses oeuvres. Dans son anthologie, Pierre de Boisdeffre donne son opinion du Repos du guerrier (1958): "Quelque gêne qu'on éprouve à voir une femme s'engager tout entière dans ce ballet érotique et funèbre où l'alcool joue le premier rôle, on doit cependant reconnaître que le tempérament, le rythme et le style de l'auteur étaient, non seulement d'un écrivain, mais d'un romancier authentique, habile à faire vivre ses tristes héros, à nous plonger au coeur de leur drame, dans la délectation poisseuse de leur misère."
Voilà l'opinion d'un homme qui avait reconnu le talent de notre romancière.Or, tournons à l'opinion d'une femme critique, Dorothy Mc Cleary. Elle donne son opinion dans le New York Times Book Review. "For the first novel by Christiane Rochefort which has already become a best seller in France, is a story of passion--first, last and continually...But this story has a refreshing frankness, and it achieves its purpose: to show what can happen when an intense, selfless devotion is directed toward an unworthy object..."
Christiane Rochefort admirait beaucoup l'Italie. Puisque la plupart de ses romans contiennent quelque chose d'italien, parfois un nom, parfois un amant, parfois un voyage en Italie, on voudrait présenter l'opinion d'un critique italien. Dans sa "narrativa" Luciano Erba nous montre ses réactions négatifs concernant Le Repos du guerrier (1958): "I1 romanzo, infarcito di termini di vulgata psicologia, di episodi di patologia sessuale da bancarella, di infantili generalizzazioni, si tiene a galla, miracolosamente, per le sicure doti di scrittrice della Rochefort: non ultima, tra tali doti, la sua capacità di "sganciarsi", nei punti più cruciali...senza la minima irritazione, all'ultima pagina dell'inutile storia di Rinaldo e Genoveffa." Luciano Erba n'a pas reconnu le but et le message de ce roman. I1 a critiqué la psychologie de ce romancière, et ainsi, a considéré ce roman comme inutile.
Même si les critiques n'ont pas apprécie ses oeuvres, Christiane Rochefort a continué à écrire. Elle a écrit sur les gens en marge de la société française et elle s'est intéressée beaucoup à l'enfance. Parfois elle montre une naïvété surprenante concernant les enfants sauvages.
Méme si elle etait considérée un écrivain peu important, même si sa psychologie était un peu naïve et son style était simple, direct et quelques fois vulgaire, on doit reconnaître le talent de Christiane Rochefort. Elle était au courant des problèmes de la société pendant les années soixante. Elle s'inquietait de ces problèmes et non de son style littéraire car sa tâche etait de communiquer au peuple et d'encourager la révolte parmi les opprimés. Son style simple était sa manière de communiquer aux masses qui ne comprenaient que le style simple et direct. Ses oeuvres étaient émouvantes et très puissantes.
Puisqu'elle se souciait de tous les gens en marge de la société française et puisqu'elle se tenait à les aider à se libérer des contrôles sociaux, on doit respecter et reconnaître le message et le but de ses romans. On doit la considérer comme une des romancières les plus douées de cette époque-la. L'écriture était sa façon de communiquer avec le monde. On a communiqué avec elle et ainsi, on a reconnu ses
idées et méme ses bonnes intentions.
Le but ainsi de cette thèse est de redécouvrir cet écrivain-ci et de reconnaître qu'elle est digne d'être placée parmi les meilleurs écrivains féministes de notre siècle, comme Simone de Beauvoir et Françoise Sagan. On a écrit sur elle, et on trouve ses oeuvres très importantes car elle s'exprime d'une maniére franche et honnête. Elle a fait les premiers pas vers le féminisme en France. C'est vraiment une romancière féministe authentique.

NOTES
1. Mouvement Libéral Féminin
2. Caro1 Gilligan, In A différent Voice (Cambridge: Harvard UP, 1982) 32.
3. Edith Mora, "Christiane Rochefort: Le Roman ça doit être une improvisation totale," Les Nouvelles littéraires 20 Nov. 1958: 6.
4. Bernard Grasset, introduction, Les Stances à Sophie, by Christiane Rochefort (Paris: Grasset, 1963) 3.
5. Monique Crochet, "Entretien avec Christiane Rochefort," French Review 3 (1981): 428-37.
6. Pierre Frisson, "Où va le roman?," Le Figaro littéraire 22 Sep. 1962: 3.

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